L’après Ramstein : pas de chars pour l’Ukraine, mais des F-16 à la place ?

La réunion de l’OTAN sur la base aérienne américaine de Ramstein n’a pas débouché sur une avancée dans le dossier de la fourniture de chars à l’Ukraine. Mais les Pays-Bas mettent à disposition leurs F-16, tandis que la Belgique voudrait lancer son industrie dans la mêlée.

Pourquoi est-ce important ?

L'Ukraine craint une nouvelle offensive russe et réclame des équipements occidentaux supplémentaires. Des chars en particulier, notamment le Leopard 2 allemand et le M1 Abrams américain, pourraient faire une différence significative sur le champ de bataille. En outre, des défenses aériennes supplémentaires sont indispensables pour neutraliser les missiles de croisière, les drones suicide et les avions de combat russes.

Thanks, but no tanks

Noté : Pas de chars, suite à la réunion de l’OTAN et de ses alliés sur la base aérienne américaine de Ramstein en Allemagne. Les Allemands ne cèdent toujours pas.

  • « Je peux vous remercier des centaines de fois, mais des centaines de remerciements n’équivalent pas à cent chars d’assaut » : un Volodymyr Zelensky juste mais critique a participé à la réunion à Ramstein en visioconférence. Le groupe de contact pour la défense de l’Ukraine s’est rendu à la base aérienne américaine en Allemagne. Il s’agit de l’ensemble des États membres de l’OTAN, ainsi que des autres pays qui fournissent des armes à Kiev.
  • Là-bas, tout tourne autour de la fourniture de chars : l’Ukraine a un besoin urgent de chars occidentaux pour pouvoir reprendre du terrain, ou pour se défendre en cas d’attaque russe. Mais cette livraison n’est pas pour tout de suite : l’Allemagne refuse de fournir des chars Leopard 2, exigeant que les États-Unis fassent d’abord don de leur fameux char de bataille M1 Abrams au pays envahi.

Mais cela va plus loin : en tant que pays constructeur, l’Allemagne détient également le pouvoir d’interdire aux autres pays d’exporter ces engins. La Pologne souhaiterait fournir une douzaine de Leopard, et se tourne vers ses alliés pour mettre en place une véritable coalition destinée à fournir des chars, mais n’a pas encore reçu l’autorisation officielle de l’Allemagne.

  • Là, cependant, le vent semble tourner : après que le vice-chancelier écologiste Robert Habeck a indiqué que l’Allemagne ne serait pas autorisée à stopper les exportations polonaises, c’est maintenant sa collègue de parti et ministre des Affaires étrangères Annalena Baerbock qui répète cette déclaration. Elle a toutefois déclaré dimanche, dans une interview accordée à la chaîne française LCI, que la Pologne n’avait pas encore présenté de demande officielle d’exportation. Les Polonais espèrent vraisemblablement toujours fonder cette coalition, et souhaitent que d’autres pays suivent immédiatement afin de répartir la fureur de Vladimir Poutine entre leurs partenaires.
  • Ici aussi, les Américains semblent désormais marcher sur des œufs : selon le Neue Zürcher Zeitung, les États-Unis seraient prêts à remplacer chaque Leopard 2 livré à l’Ukraine par les Européens par un Abrams. Pour l’industrie allemande de l’armement, cette proposition tombe mal, car elle signifie qu’elle est progressivement évincée du marché, au détriment des Américains. C’est aussi l’une des raisons pour lesquelles le chancelier allemand Olaf Scholz ne cède pas à la pression pour le moment : sa propre industrie ne sera pas du tout contente si ses équipements partent en Ukraine et que les Américains reprennent le marché.

Manque d’esprit de décision

Noté : Les Pays-Bas font également leur part du travail. Nos voisins pourraient devenir le premier pays à fournir des avions de combat occidentaux. Dans le même temps, le chef de la Défense belge souhaite que notre pays intensifie aussi ses livraisons.

  • Malgré toute l’attention portée à l’Allemagne, lors de cette réunion à Ramstein, nos voisins du nord ont également quelques cartes à jouer. Le ministre des Affaires étrangères, Wopke Hoekstra, avait laissé entendre avant la réunion que les Pays-Bas pourraient fournir des F-16, si la question était posée. Quelques heures plus tard, c’était déjà gagné : Zelensky a conclu son discours à Ramstein en réclamant des missiles de plus grande portée et des avions de combat occidentaux modernes, dont des F-16.
  • L’Ukraine convoite le F-16 depuis un certain temps : 30 pilotes ukrainiens s’entraînent depuis six mois pour piloter l’appareil, et on dit qu’ils en maîtrisent rapidement les manœuvres. Bien sûr, ils ont déjà une expérience des avions de chasse (de fabrication soviétique), et une grande expérience du combat.
  • Cette livraison semble une possibilité réelle : les F-16 néerlandais sont actuellement en cours de retrait progressif pour être remplacés par les F-35 plus modernes. 12 ont déjà été vendus à Draken International, une société privée américaine qui forme les pilotes au maniement des avions de chasse. Pour la Belgique, c’est plus difficile : l’armée de l’air dispose de 44 F-16, qui seront remplacés par 34 F-35 à partir de cette année. Réduire la capacité de l’armée de l’air semble impossible pour le moment.
  • Ce qui est examiné, cependant, ce sont les missiles que ces F-16 peuvent emporter, les AIM-120 AMRAAM. Ceci a été confirmé par le chef d’état-major de la défense, l’amiral Michel Hofman, lors de l’émission De Zevende Dag (VRT). Il a souligné que la Défense puisait dans ses propres poches pour aider l’Ukraine : « Nous allons également proposer de fournir une partie de notre stock de missiles antichars. Là aussi, nous allons très loin dans nos propres stocks ».
  • Outre l’utilisation de ses propres approvisionnements, la Défense veut également entraîner dans le bain les différentes entreprises de défense en Belgique. « La semaine prochaine, une proposition sera peut-être présentée pour fournir des mitrailleuses de la FN Herstal, avec les munitions correspondantes », a-t-il déclaré. D’autre part, nous disposons de châssis et de vieux chars dans l’industrie belge, dans certaines entreprises, qui peuvent être remis en ordre et proposés, sous réserve de modernisation, éventuellement aussi en coopération avec d’autres entreprises de défense belges.
  • Pour ce dernier point, Hofman fait indirectement référence à OIP, une entreprise privée basée à Audenarde qui achète des véhicules de l’armée, les modernise et les revend à la demande. Au total, l’entreprise a près de 700 véhicules en stock, dont les très convoités blindés antiaériens Gepard et les chars Leopard 1, des véhicules qui faisaient autrefois partie de l’armée belge. Toutefois, des sources proches du dossier ont révélé que la Belgique convoite effectivement ces véhicules, mais que peu de mesures sont prises. « Tous les véhicules que nous avons doivent être entretenus, cela va de soi. L’année dernière, nous avons pu rendre 46 véhicules d’infanterie opérationnels en deux ans, c’est juste une question de décision et de volonté de payer », informe une source.
  • Ces livraisons seraient les plus importantes jamais effectuées par la Belgique à un pays en guerre, mais elles sont quelque peu éclipsées par celles de ses alliés : « Je ne tiens pas compte des statistiques, mais c’est une contribution que nous apportons au mieux de nos capacités », a déclaré Hofman aux journalistes. A propos de l’affirmation selon laquelle des pays comme le Danemark ou la Finlande vont jusqu’à céder des centaines de millions d’euros en matériel, et d’autres jusqu’à des milliards, on pouvait noter un certain mécontentement : « Ce sont bien sûr des décisions politiques, que nous essayons de remplir, dans la mesure de nos possibilités », a fait remarquer le chef de la défense.

MB

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