Pourquoi la lune de Saturne, Encelade, apparait de plus en plus comme un berceau idéal pour l’apparition de la vie

Nos progrès de l’observation spatiale à longue distance nous font miroiter de découvrir, un jour, une trace chimique dans l’atmosphère d’une lointaine planète qui y trahirait la présence d’une forme de vie. Ça serait la plus grande découverte de notre temps, mais il n’est pas exclu que, si nous l’observons un jour, cela soit beaucoup plus près de nous que ce que nous imaginions.

Notre système solaire n’est pas dépourvu de candidates à l’apparition d’une forme de vie, et l’une des plus prometteuses s’appelle Encelade. Cette lune de Saturne, de 500 km de diamètre en moyenne et recouverte d’une couche de neige et de glace épaisse d’une centaine de mètres sur toute sa surface, a de quoi fasciner les astronomes, car elle rassemble les trois éléments les plus nécessaires à l’apparition de la vie : de l’eau liquide sous sa surface, une source de chaleur interne à l’origine encore incertaine, et surtout des composés organiques, les fameuses briques primordiales de la vie.

Goutter les geysers à 200 km de la surface

Ces derniers ont pu être détectés grâce à la sonde Cassini de la NASA, qui est passée près d’Encelade en 2017. Elle en a profité pour s’approcher des énormes geysers qui jaillissent régulièrement des « rayures de tigre », des évents profonds dans la surface glacée de la lune, et qui éjectent de la vapeur d’eau et des gaz jusqu’à 200 km d’altitude.

En « gouttant » ces geysers, Cassini y a détecté des éléments et des molécules essentiels à la vie telle que nous la connaissons, notamment des molécules organiques comme le méthane, ainsi que de l’ammoniac, du carbone, de l’azote, de l’oxygène et peut-être du sulfure d’hydrogène. Tout un cocktail très prometteur venu des profondeurs de l’océan de la petite lune.

Mais l’un d’entre eux semblait fort rare : le phosphore, un composant vital de la biochimie de la vie qui s’associe aux sucres pour former la « colonne vertébrale » de l’ADN, reliant les quatre nucléobases à la double hélice, rappelle Space.com. Une quasi-absence qui était considérée comme de mauvais augure pour le développement de formes de vie dans les eaux subglaciaires du satellite saturnien. En 2018, des recherches menées par Manasvi Lingam et Avi Loeb, de Harvard, ont conclu que le phosphore serait rare dans l’océan d’Encelade, car il ne se dissout que très lentement depuis les roches sous-marines.

Un océan qui a de bonnes chances d’être habitable

À moins, bien sûr, qu’on ait mal regardé ; telle est la thèse d’une nouvelle étude dirigée par Jihua Hao, chercheur principal à l’Université des sciences et des technologies de Chine. « Bien que l’élément bio-essentiel qu’est le phosphore n’ait pas encore été identifié directement, notre équipe a découvert des preuves de sa disponibilité dans l’océan sous la croûte glacée de la lune », a déclaré dans un communiqué Christopher Glein, coauteur de l’étude et chercheur principal au Southwest Research Institute de San Antonio.

À l’aide d’une nouvelle modélisation basée sur les dernières données disponibles, le groupe de Hao et Glein a simulé la façon dont les minéraux riches en phosphore, appelés phosphates, se dissolvent dans l’océan à partir du noyau rocheux d’Encelade. L’équipe a découvert que le taux de dissolution d’un minéral appelé orthophosphate serait beaucoup plus élevé que ce que les études précédentes suggéraient, capable de remplir l’océan avec une concentration suffisamment élevée pour soutenir la vie après seulement quelques dizaines de milliers d’années d’infusion des roches dans l’eau. « Ce que cela signifie pour l’astrobiologie, c’est que nous pouvons être plus confiants qu’auparavant que l’océan d’Encelade est bien habitable », avance Christopher Glein.

À quand un bathyscaphe de l’espace ?

Bien sûr, on ne pourra en être certain qu’une fois que nous serons allés constater sur place ce qui se passe sous la neige et la glace d’Encelade. Un rappel à la réalité bien frustrant après avoir imaginé tout un écosystème sous-marin sur une lune extraterrestre. Mais celle-ci n’est pas si lointaine que cela ; peut-être un jour observerons-nous sous toutes les coutures les images prises par un bathyscaphe parti explorer un autre système planétaire.

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