Comment les politiques économiques étranges de la Turquie gangrènent la bourse… jusqu’à provoquer une crise financière ?

La volatilité augmente sur la bourse turque, en particulier pour les actions bancaires. L’inflation galopante, et l’absence de réponse de la banque centrale, ou plutôt la mauvaise réponse, font que les indices vont dans tous les sens. Cela exposerait la Turquie aux risques d’une crise financière.

À l’heure où la Fed et la BCE, tout comme de nombreuses autres banques centrales, augmentent sévèrement les taux d’intérêt pour combattre l’inflation, la Turquie ne fait que les diminuer. Et ce, malgré une inflation qui culmine à un taux vertigineux de 80%.

Rien de neuf sous le soleil jusque-là. Depuis plusieurs mois, l’inflation augmente et les taux d’intérêt baissent, comme ce jeudi encore, avec une baisse de 100 points de base (le taux passant de 13 à 12%). Mais cette situation commence maintenant à gangréner aussi la bourse, où la volatilité est tout aussi vertigineuse que l’inflation.

Crash

D’abord, entre mi-juillet et mi-septembre, les cours se sont envolés. De nombreux Turcs ont parié sur la bourse, la Borsa Istanbul, voyant les actions comme un des seuls moyens de s’armer contre la dépréciation monétaire. En deux mois, les cours des actions bancaires avaient augmenté de 150%.

Mais ce qui monte doit redescendre : en une semaine, entre le 12 et le 19 septembre, le cours de ces actions a rechuté de 35%, rapporte CNBC. Des indices plus généraux ont suivi le même mouvement, quoique de manière moins extrême. La raison de cette chute qui a vu 12,1 milliards de dollars (rien que pour les banques) partir en fumée : la peur d’une forte hausse des taux aux États-Unis, selon des analystes.

Les hausses de la Fed ont souvent un effet sur les marchés boursiers à l’étranger, surtout sur les pays émergents comme la Turquie. La force du dollar qui résulte des hausses des taux d’intérêt, écrasera encore davantage la livre turque (-75% depuis mi-décembre, par rapport au dollar), les produits énergétiques deviennent plus chers, et les dettes, la plupart d’entre elles libellées en dollars, augmentent aussi. Un peu d’huile de plus sur le feu de l’inflation.

Baisse des taux d’intérêt

D’un côté les investisseurs craignent les hausses de taux d’intérêt américains, mais de l’autre, ils craignent les baisses des taux en Turquie. C’est pourtant l’arme que le président Recep Tayyip Erdogan préconise pour lutter contre l’inflation, à l’opposé des autres banques centrales et des théories économiques mondialement reconnues, qui considèrent qu’il faut augmenter les taux pour freiner la demande et ainsi l’inflation. Mais Erdogan invoque lui un concept religieux pour défendre la baisse des taux. Comme réponse à l’inflation, la Turquie augmente le salaire minimum.

Une réduction des taux d’intérêt et une hausse du salaire, dans un contexte inflationniste, ne font souvent qu’exacerber la hausse du coût de la vie, ce qui est une mauvaise nouvelle pour l’économie, et cela n’enthousiasme pas les investisseurs.

Et la Turquie ne semble pas près d’augmenter les taux d’intérêt, malgré la volatilité croissante sur les marchés boursiers. Le taux d’intérêt directeur se tient actuellement à 12%, après une baisse de 100 points de base, et une de la même envergure en août. Pour les mois à venir, les observateurs s’attendent à d’autres coupes de 100 points de base, voire à ce que les taux restent à leur niveau. Erdogan clame que l’inflation finira par retomber d’elle-même, et mise sur la croissance.

Crise financière?

Mais cela pourrait s’avérer être un jeu dangereux, au-delà de la hausse du coût de la vie. « Le risque de ces politiques monétaires peu orthodoxes est de créer une mauvaise allocation des ressources, des bulles, qui finissent par éclater, entraînant de gros risques pour la stabilité macro-financière », explique à CNBC Timothy Ash, stratégiste des marchés émergents auprès de BlueBay Asset Management.

En plus d’une crise de l’inflation et d’une chute spectaculaire de la monnaie (ces deux éléments s’influencent mutuellement, créant un cercle vicieux), la Turquie pourrait désormais risquer la crise financière.

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